Je suis avec beaucoup d’attention les groupes locaux de la ville de Talmont et je suis assez surprise de lire de fortes empoignades sur le fait que certains de nos concitoyens opposent nostalgie et progrès. Ce ne sont pas deux mots antinomiques.
OUI le petit port de Bourgenay, familial, convivial et très agréable, était vieillissant. OUI il avait besoin d’une rénovation et de mises aux normes actuelles, mais … fallait-il pour autant céder aux sirènes de la bétonisation pour le transformer en une marina sans âme et sans identité comme on en trouve partout ? NON ! À ce propos, je me souviens, d’avoir assisté à une réunion publique, initiée par le maire actuel, lors de son mandat précédent, en présence d’un cabinet d’architectes. Le public nombreux s’accordait sur le fait qu’il fallait garder l’esprit du lieu. Toutes les propositions ne pouvaient pas être prises en compte mais dans le projet actuel, elles ont été toutes ignorées. Et quand les travaux seront terminés, je pense que les Talmondais et habitants de la Communauté de communes (ils paient aussi) seront encore plus déçus. Ce n’est pas de la nostalgie, c’est seulement le souhait que notre ville ne ressemble pas à une station balnéaire lambda et élitiste.
OUI, le bâtiment qui abritait l’hôtel de la Communauté dans la zone du Pâtis avait besoin d’être repensé en totalité. Mais fallait-il pour autant construire, face au château, un gros cube de béton, très encombrant et sur un terrain inondable (ancien port), ce qui bien sûr a coûté plus cher ? Le jour même de l’inauguration, il y a quelques mois, les murs étaient déjà salpêtrés (on comprend pourquoi) et il se murmure que le bâtiment est déjà trop exigu. Pouvait-on faire autrement ? OUI, notre ville dispose de nombreux autres terrains et l’espace libéré, à l’heure du réchauffement climatique, aurait pu être arboré pour devenir le poumon vivant du cœur de ville. Ça se fait ailleurs et même dans des villages proches. Ce n’est pas de la nostalgie, c’est du bon sens.
OUI la collecte des déchets devait évoluer afin que chacun se sente acteur de progrès dans ce domaine. Mais NON, le dispositif mis en place ne donne pas satisfaction. Il est discriminant, inefficace et très critiqué. Et comble d’ironie, les finances de ce service payé par la redevance donc par les contribuables, sont excédentaires ! 18 maires béni-oui-oui de la Communauté soutiennent le maire de Talmont qui reste sourd aux protestations et s’obstine dans l’erreur. Ce n’est pas de la nostalgie, ce n’est pas une demande de retour en arrière, c’est le respect dû aux contribuables au moins pour envisager des améliorations possibles et viables. Au passage, seul le maire de Saint Vincent sur Jard ose «l’ouvrir». Je ne sais pas si nous partageons les mêmes valeurs avec ce monsieur, je ne le connais pas, mais il force mon admiration. Faire face à l’humiliation publique infligée devant ses collègues maires, regroupés derrière le maire de Talmont, président de la Communauté, lui-même cornaqué par de vieux briscards réactionnaires de notre département, c’est extrêmement courageux.
OUI il faut protéger notre littoral et OUI il faut protéger la Guittière. Mais quand je lis dans le compte rendu du collectif* qui proteste contre des «permis de construire inadaptés»* de maisons qui dénaturent le lieu, avec juste raison, je suis scandalisée de lire quelques lignes plus loin que le maire de Talmont déclare pour le port de la Guittière qu’«aucune autre activité (autres que celles qui existent déjà) ne pourra s’y installer»* (parfait) mais a contrario que pour le projet de surf park il «n’y voit aucun inconvénient : pas de consommation d’espace supplémentaire, utilisation d’eau de mer, pas d’inconvénient écologique, pas d’incidence municipale»*. Incompétence, ignorance ou mépris ? Il ne m’appartient pas de juger, mais c’est manifestement une discrimination entre les lieux remarquables de notre côte et entre les habitants selon leur quartier de résidence. Et paradoxalement, la ville demande la labellisation Grand Site de France qui préconise le respect de «l’esprit des lieux» et une fréquentation maîtrisée … Ce n’est pas de la nostalgie que vouloir protéger le littoral, TOUT notre littoral, la Guittière comme l’anse de la Mine et son petit bois. Ce n’est pas refuser le changement, c’est penser à l’avenir.
OUI, je suis en colère mais pas nostalgique. J’aime le progrès utile, j’aime ma ville dans ce qu’elle a d’authentique mais je déteste que certains s’arrogent le droit d’en faire un produit standardisé.
*Source : Collectif de la Guittière, compte rendu de la rencontre du 16 juillet 2025 avec le maire de Talmont
Claudine ORDONNEAU